Quelle politique économique pour quel Maroc ? |29/11/14|

Quelle politique économique pour quel Maroc ? |29/11/14|


Loin des clichés éculés habituellement véhiculés sur le Maroc, le pays a connu depuis son indépendance une série de transformations majeures sur le plan socioéconomique.

En un demi-siècle d’exode rural, la population urbaine a doublé (+96%), aboutissant à des métropoles de grande envergure (trois villes à plus d’un million d’habitants) à la tête desquelles se trouve l’agglomération de Casablanca, monstre de 4 millions d’habitants, ville la plus peuplée du Maghreb et poumon économique du pays.
Conséquence logique de l’urbanisation croissante du pays, le Maroc est le pays de la région ayant le mieux amorcé la transition démographique. En effet, là où la moyenne d’enfants par femme était de 6,1 en 1960, elle n’est plus que de 2,3 en 2014.

De même, les habitudes de consommation ont considérablement changé depuis 1956, introduisant de ce point de vue le Maroc de plein pied dans la mondialisation. En effet, l’ensemble des grandes enseignes occidentales d’habillement, de restauration rapide ou d’électro-ménager ont pignon sur rue au Maroc et certaines rues de Casablanca ressemblent à s’y méprendre à n’importe quelle avenue marchande de Paris, Londres ou Milan. Par ailleurs, là où seules les chaines nationales (au nombre de deux) pouvaient être captées durant les années 1980, les « décodeurs » ont ouverts les foyers marocains aussi bien sur les chaînes satellitaires du Monde Arabe que sur les chaînes occidentales.

Pourtant, à ce tableau d’un Maroc introduit dans la globalisation se superpose une réalité plus crue. Au cours des quinze dernières années, la libéralisation, même partielle de l’économie, a considérablement creusé les inégalités, créant de facto un Maroc à deux vitesses. En 2014, selon le dernier rapport de la banque mondiale « Se soustraire à la pauvreté au Maroc », l’extrême pauvreté perdure, avec plus de 25% de la population qui vit au niveau ou en dessous du seuil de pauvreté (1$ par jour). Parmi les populations vivant au dessus du seuil de pauvreté, 50% sont économiquement vulnérable aux aléas de la vie (maladie, intempéries ou perte d’emploi).
Alors même que le revenu médian par ménage s’établit à 330 euros mensuels, la richesse n’a jamais été aussi ostentatoire et assumée qu’elle ne l’est aujourd’hui pour les biens-nés marocains. Ainsi, le secteur du luxe au Maroc affiche un taux de croissance annuel moyen de 12% depuis 2011.

Malgré un taux de croissance annuel moyen d 4,5% depuis 2002, le taux d’analphabétisme stagne à plus de 43% de la population (selon le dernier recensement). Si la scolarisation a considérablement augmenté, le taux de déperdition annuelle des élèves fait que seule 13% d’une génération arrive au baccalauréat. Régulièrement pointé du doigt par les organisations internationales (voire Rapport Unesco 2014 sur les systèmes éducatifs), le système scolaire est globalement en ruine, provoquant une véritable rupture entre les familles aisés pouvant placer leurs enfants dans les écoles privées du pays (et parmi elle le saint graal des écoles françaises, représentant 0,02% des étudiants du pays mais véritable temples de la reproduction des élites) et ceux devant se contenter de l’école publique.

La problématique des logements sociaux où s’entassent des centaines de milliers de Marocains dans des immenses cités-dortoirs, la privatisation, même partielle de la santé qui fait écho à celle de l’éducation, le manque d’infrastructures de base (comme l’illustre la mort de 32 marocains suite à des intempéries au cours de cette semaine)… Autant de dossiers brûlants qui font du Maroc une véritable poudrière humaine.

Dans ce cadre, quelle politique économique et sociale pour le Maroc ?

L’association Autre Maroc poursuit son cycle de réflexion en interrogeant cette fois-ci l’économie du pays. Nous aurons le plaisir de compter parmi nous Raymond Benhaim qui nous exposera les fondamentaux de l’économie marocaine dans un contexte néo-libéral.

Raymond Benhaim est un professeur d’économie marocain. Membre fondateur de l’Université Paris-Dauphine ainsi que de l’organisation communiste Ilal Amam; il a également été conseiller du premier ministre Abderrahman El Youssefi et du ministre de l’économie Fathallah Oualalou.

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