Prise de parole à la réunion publique autour du Mouvement du 20 Février    |26/02/16|

Prise de parole à la réunion publique autour du Mouvement du 20 Février |26/02/16|


Rompre avec le libéralisme, renouer avec la critique sociale :

Retours sur le Mouvement du 20 Février et perspectives pour la lutte

 

Intervention d’Autre Maroc à l’Ecole normale supérieure de Paris :

 

Salam à tou-s-tes,

 

Ce dont je veux vous parler ce soir s’inscrit, non dans un travail qui serait déjà fini et dont je viendrais vous présenter le produit, mais bien dans une réflexion collective à laquelle j’espère que nous pouvons tous et toutes apporter quelque chose. Parce que les choses que je voudrais vous dire sont, il me semble, nécessaires pour comprendre les enjeux des luttes aujourd’hui au Maroc ainsi que le positionnement que nous devons y adopter ou non.

Pour faire cela, une petite remarque préliminaire, il ne s’agira pas du tout de céder, dans ce qui suit, à la tentation de la glorification.

Etre fidèle au Mouvement du 20 Février, ce n’est pas déclamer sur tous les tons à quel point il faut y revenir, à quel point il faut rêver d’une renaissance, en un mot céder à ce que Marx appelait déjà le règne de la symbolique militante… mais bien essayer de comprendre ce qui s’y est concrètement déroulé, les luttes qui ont traversé le mouvement en son for intérieur, et ce que ces luttes voulaient dire pour le conflit tel qu’il s’articule aujourd’hui au Maroc.

C’est aussi et surtout tenter de réfléchir à notre position dans ce conflit, nous qui nous disons « gauche » dans notre espace social.

Il en est de notre devoir, à nous qui sommes investis dans le champ militant, qui occupons des positions grâce à cet investissement, qui tirons des revenus de cet investissement, symboliques, culturels, matériels, sociaux…et surtout à nous qui prétendons représenter les intérêts des catégories les plus faibles de l’espace social marocain, à nous il est de notre devoir de ne pas nous complaire dans un confort issu de décennies de construction militante.

Il est de notre devoir de parfois aller contre nous-mêmes, contre cela même que nous avons fait et pensé pendant longtemps, pour la lutte, il nous faudra nous défaire des habitudes mentales et des formules creuses, être exigeants avec nous-mêmes, définir les enjeux, les parties en présence et les tactiques. Etre stratégiques et non plus seulement mimétiques. Ce qui n’est pas facile, parce qu’effectivement, l’autocritique est une mise en danger non seulement de nos idées mais aussi et surtout des positions que nous avons acquises à travers elles.

Non en trahissant l’essentiel, mais justement pour sauver l’essentiel, c’est-à-dire, encore une fois la représentation des intérêts des couches populaires de ce qu’on appelle le peuple marocain dans et pour la lutte qui est aujourd’hui pleinement engagée.

Voilà, c’était les remarques préliminaires que je voulais faire avec vous, je vous demande pardon pour l’aspect un peu prescriptif.

Aujourd’hui, j’aimerais aborder avec vous, pour le débat, deux points :

– Le premier c’est une lecture de ce qui s’est passé en 2011 lors du 20 Février. Et essayer à partir de là de lire les dynamiques du pouvoir et du contre-pouvoir au Maroc depuis. Resituer ces évolutions dans un cadre plus global. A partir de là, dessiner un tableau des luttes actuelles.

– Le second, très simplement, c’est la question du « Que faire ? », dans le cadre de la mutation d’un système de domination à un autre.

 

Une nouvelle fois, il ne s’agira pas de faire l’histoire du mouvement en tant qu’hagiographe, c’est-à-dire, faire comme s’il y avait un avant et après 20 Février, où ce dernier serait venu comme le messie. Il s’agira plutôt de voir, le 20 Février comme l’accélérateur de dynamiques plus anciennes, plus diffuses et surtout plus globales, beaucoup plus larges que les frontières du seul Maroc.

Par honnêteté intellectuelle, je dois vous dire que ce dont je compte parler ce soir est un résumé d’un article que nous avions publié, Montassir Sakhi et moi-même, dans la revue Contretemps il y a maitenant presque un an.

 

Des deux mouvements du 20 Février :

 

Que cherchions-nous à dire dans ce texte ? Au fond, nous voulions d’abord faire un bilan, sous forme d’autocritique, et une analyse concrète de ce qu’a été le 20 Février.

Je ne reviens pas à l’histoire du Mouvement, vous la connaissez tous, elle a été suffisamment rappelée ce soir. Je voudrais juste revenir avec vous à une distinction qui est je crois fondamentale pour comprendre l’histoire de la contestation au Maroc, 20 Février compris. Comme il a été souvent dit à juste titre, le mouvement a moins été un mouvement, au sens d’une organisation coordonnée, qu’un moment en réalité, où ce sont retrouvés, parfois côte à côté des intérêts tout à fait contradictoires.

Ce point est essentiel pour comprendre le 20 Février. En réalité, le 20 Février a été un moment d’accélération de l’Histoire, un moment où sont apparus, presque nus, les vrais enjeux,  et où tous les groupes qui structurent l’espace social marocain ont adopté des tactiques, des revendications et ont donc pris part à la lutte.

Tous, du plus haut au plus bas. Et qu’est-ce qu’on y a vu alors ?

On a vu qu’il n’y avait pas un mais deux mouvements du 20 Février :

 Le premier, le cœur du mouvement,  en terme quantitatif, n’était pas les classes les plus populaires. Non, les classes plus populaires, c’étaient majoritairement le camp d’en face, ce fameux lumpenprolétariat, ceux qu’on a appelé al baltajia.

Le cœur du mouvement, c’étaient les intermédiaires, la petite fonction publique, les instituteurs, les diplômés chômeurs espérant intégrer les services de l’Etat. Les syndicats aussi, bien sûr, qui formaient de formidables relais de mobilisation, même quand ils n’appelaient pas officiellement à manifester.

Il y a donc eu tout cet ensemble de luttes, corporatistes et surtout redistributives.

Par redistributives, je veux dire des luttes qui s’attachent à la question de l’amélioration des conditions de vie réelle d’un groupe social déterminé qu’elles prétendent représenter.

Le point commun de toutes ces luttes des catégories intermédiaires était d’être liées, d’une manière ou d’une autre à une forme de redistribution qui a existé pendant longtemps à travers l’Etat, aussi répressif a-t-il été, et qui disparait aujourd’hui.

J’insiste sur ce point parce que je ne pense pas qu’il soit possible de comprendre les dynamiques actuelles, sans comprendre les changements qui transforment la nature même du pouvoir et de l’Etat au Maroc.

Ce que j’appelle le premier mouvement du 20 Février est lié aux luttes de populations d’intermédiaires en plein déclassement, touchées par un changement structurel de la nature de l’Etat au Maroc, passage d’un Etat dont ils bénéficiaient à une structure du pouvoir qui n’assure plus de fonction de redistribution à leur égard.

 


 

A côté de ce premier ensemble de luttes, il y a eu autre chose, qu’on pourrait appeler des luttes de reconnaissance.

Pour comprendre ce que ces luttes veulent dire, il faut remonter quelques décennies avant le 20 Février.

Plus précisément au début des années 1980, lorsque de nouveaux mouvements sociaux, au Maroc et ailleurs ont mis au centre du débat politique la reconnaissance d’identités culturelles et/ou linguistiques,  ainsi que le droit de conscience religieuse, souvent sans articulation avec la demande d’égalité sociale. Ce déplacement du débat, effectué dans l’optique libérale de la primauté du droit sur la réalité pratique de son exercice, a été favorisé, à la fois par le contexte international de la chute du Bloc communiste — et donc de retrait de l’idéologie marxisante—, ainsi que par la forte répression opérée par le régime hassanien contre les militants de gauche au cours des années de plomb qui nécessitait une mobilisation spécifique, ce sont notamment les grandes campagnes contre la répression et la torture, pour la libération des prisonniers politiques. Ici on retrouve surtout l’émergence de quelque chose d’assez nouveau, qui est la construction de la lutte à travers non plus un groupe social à représenter, face à d’autres groupes sociaux en lutte, ce qu’on a appelé la lutte des classes pendant un moment, mais, grande innovation, lutte pour un idéal qui serait de l’ordre des droits humains, de l’Universel, de la Modernité etc.

Un idéal vers lequel nous devrions tous tendre, non plus en tant que groupes sociaux déterminés mais en tant que populations homogènes, dont certaines populations seraient plus avancées que d’autres.

Schématiquement, la Suède tout en haut et le Maroc tout en bas.

Voilà donc le sens des slogans libéraux –du culturalisme au droitdelhommisme- qui ont été portés pendant le Mouvement : de la revendication à la institutionnalisation de la langue amazigh, à celle de l’opposition historique qui a appelé aux élections libres et à la réforme constitutionnelle jusqu’à la nécessaire reconnaissance des libertés individuelles.

Je vous renvoie à la charte fondant l’action du Mouvement du 20 Février qui reprend à la fois des revendications redistributives classiques et des exigences de reconnaissance de droits culturels et politiques. Et, de fait, les deux Mouvements du 20 Février, ce sont ces deux types de revendications, qui n’ont jamais été articulés ensemble.

D’un côté les luttes corporatistes et redistributives, composées par des syndicats de la fonction publique, des instituteurs, des marchands ambulants etc.

De l’autre, les luttes portant l’accent sur un Universel à atteindre, pour tous, en dehors de toute critique sociale.

Vous savez tous comment ça s’est fini, en réalité c’est le deuxième type de luttes qui a gagné. La réforme constitutionnelle a eu lieu, les élections libres ont été organisées de manière anticipée, l’amazigh a bel et bien été constitutionnalisé, et la décentralisation est aujourd’hui une réalité.

Quelque part, ce n’est pas tout le Mouvement du 20 Février qui n’a pas atteint ses objectifs, c’est un Mouvement du 20 Février qui a gagné face à un autre.

Le M20F qui a gagné est un M20F libéral, qui  axé sa lutte sur les droits et la reconnaissance. C’est aussi le mouvement qui criait à la séparation entre la fortune et l’Etat[1].

Le M20F qui a perdu est le mouvement redistributif, qui, bien que n’appartenant pas exclusivement aux classes populaires pas non plus populaire, j’insiste là-dessus, était issu d’une certaine conception de l’Etat, relativement redistributive, et qui était jusqu’à alors en vigueur au Maroc.

 

D’un capitalisme à un autre, quel sens de la lutte ?

 

Pourquoi est-ce que je vous dis tout ça ?

Parce que je sais ce qu’en disent les camarades, « non, tout ça n’est pas vrai, ce ne sont pas de vrais élections libres il faut aller plus loin, reconnaître plus de droits… »

C’est là où je dis qu’il faut en réalité se défaire de ces habitudes mentales, de ces formules, pour comprendre que ce type de revendications ne produit pas de critique sociale, ne rencontre en rien les revendications populaires que nous sommes censés porter. Je pourrais m’arrêter là, mais à mon avis les choses sont plus graves que ça, porter ce type de revendications n’est pas la faute d’individus en particulier, c’est pour ça que je n’en veux pas aux camarades qui continuent à le faire.

Non en réalité, la situation est bien plus grave que ça, parce que cet échec d’un 20 Février face à un autre, n’est en réalité que le reflet du passage d’un type de capitalisme à un autre, c’est-à-dire d’un type de domination des uns sur les autres à un autre type de domination des uns sur les autres, au Maroc mais ausssi ailleurs.

C’est de cela que je voudrais maintenant vous parler, pour comprendre le sens de la lutte aujourd’hui au Maroc

En réalité, ce qui s’est vraiment joué au 20 Février, c’était le passage, commencé bien avant mais enfin alors acté, d’un capitalisme d’Etat, qui était en peu ou prou celui d’Hassan II, à un autre capitalisme qui ne connait plus que le marché.

Un capitalisme qui traverse désormais l’ensemble des plans du social, avec entre ses mains une arme absolument terrible qui est l’Universel. Bien sûr, le Maroc n’existe pas dans une éprouvette et cette évolution est absolument globale, elle date de plusieurs décennies mais semble s’accélérer aujourd’hui, on la voit sous des formes diverses au Maroc, en Tunisie (songez seulement à la bénédiction accordée par les institutions internationales, et le comité Nobel, à la « transition démocratique » post-Révolution) mais peut être aussi et surtout en France.

 

Revenons au Maroc.

Aujourd’hui, les luttes des intermédiaires continuent, celle, en cours, des enseignants stagiaires à qui on refuse la titularisation systématique est un cas type :  voilà un groupe social qui a tout misé sur l’Etat et sur lesquels l’Etat ne mise plus. De même que les luttes de diplômés chômeurs souhaitant intégrer la fonction publique continuent. La lutte contre Amendis, cette fameuse société de gestion déléguée de l’électricité qui opère une politique de prédation à l’égard de populations entières était également un cas type, car Amendis est avant tout une entreprise privée qui joue un rôle traditionnellement dévolu à l’Etat.

Et, disons-le tout de suite, ces luttes ne peuvent que s’accélérer, car nous sommes dans un contexte de démission de l’Etat tel que nous l’avons connu pendant des décennies. Songez seulement à la question de la francisation de l’école publique, décidée il y a quelques semaines, et qui signifie l’arrêt de mort de l’enseignement public, songez à la libéralisation du marché des cliniques qui signe celui de l’hôpital au Maroc, lui qui était déjà bien mal en point, songez aux réformes du monde agricole etc.

Quelles conséquences a pour nous autres militants cette démission de l’Etat ?

D’abord le constat suivant, il faut indéniablement lutter contre la réalité telle que construite aujourd’hui au Maroc, c’est-à-dire lutter contre la marginalisation croissante de catégories entières de l’espace social. Ce qui veut dire s’inscrire dans tous ces conflits qui aujourd’hui éclatent partout dans notre pays.
Mais elle nous amène aussi à la nécessaire prise de conscience que cette domination des uns sur les autres contre laquelle il s’agit de lutter ne se résume absolument pas à l’Etat.

Un système de domination qui passe par l’Etat, mais où l’Etat n’est plus qu’une toute petite partie du pouvoir, où le Roi lui-même n’est plus qu’une toute partie du pouvoir, où des intérêts privés immenses émergent, en écrasant et en tuant les plus démunis.

Voilà le sens de ce second mouvement du 20 Février, celui qui a gagné, celui dont je vous avais dit qu’il s’agissait de luttes de reconnaissance.

Est-ce à dire que, en fondant la lutte sur un idéal global à atteindre, elles ne sont pas le reflet d’intérêts sociaux déterminés ? Non bien sûr, et c’est bien là où réside l’aspect pernicieux de la chose. Sous couvert de l’Universalisme, nous savons tous qui sont les Universels, les Modernes, les bons citoyens, ceux qui peuvent parler au nom des grandes valeurs.

Voilà la raison pour laquelle je vous disais au début de mon intervention que tous les groupes sociaux étaient impliqués dans ce formidable moment qu’a été le 20 Février, y compris le plus haut : comment comprendre autrement que des franges entières des catégories supérieures de l’espace social marocain soient tout à fait d’accord avec les luttes pour les libertés individuelles, les droits de l’Homme, la démocratie, la laïcité ou autre.

Citons simplement à titre d’illustration la victoire d’Omar Balafrej à Hay Riad à Rabat, au cours des élections locales du 4 Septembre : doit-on rappeler que le seul espace de cette circonscription dont ce grand héritier de la gauche et de sa glorieuse histoire se méfiait était Guich Loudaya, c’est-à-dire l’unique quartier pauvre de la zone.

 

Est-ce que tout cela veut dire qu’il n’y a plus de répression des autorités publiques?

Non, bien sûr cela serait absurde de le dire.

Mais cela veut surtout dire qu’il faut comprendre pourquoi il y a répression à certains moments et pas à d’autres. Pourquoi, à certains instants historiques déterminés,  ce nouveau système de domination qui recouvre l’ensemble de la société estime qu’il est nécessaire de passer par la violence, ce qui est quand même la forme la plus coûteuse en énergie pour imposer une hégémonie. C’est d’ailleurs bien pour ça que ce recours n’est aujourd’hui plus que sporadique, et non systématique.

C’est aussi ce qui nécessite que la question de la violence ne soit absolument pas le centre de notre militantisme, mais bien resituer la violence dans ce qui est, il faut bien le dire une guerre sociale, qui produit sa violence, ses armées et ses armes, et surtout, ses morts. Guerre pour le pouvoir, c’est-à-dire pour la structure et la position dans la structure, Guerre par le pouvoir, c’est-à-dire avec les armes tactiques, stratégiques, de la domination,  Guerre dans le pouvoir, c’est-à-dire pour ce qui est défini par les mécanismes de la domination comme valant la peine de se battre pour.

 

Maintenant qu’on a dit tout cela, la question qui se pose c’est bien sûr celle du « Que faire » ?

 

Cette domination qui aujourd’hui recouvre l’ensemble de la société, ce capitalisme nouveau, dispose d’une arme immense, c’est l’Universel. Cet Universel qui fonde la société autant qu’il nous fonde, qui nous fait dire voilà ce qui relève du bien et du mal, voilà ce qui est faux et voilà ce qui est vrai, fait surtout que certains peuvent ou pas parler en son nom. Cette arme est absolument terrible parce qu’elle nous fait sortir du matérialisme que j’ai essayé de vous présenter, en fondant une nouvelle religion, qui a des croyances, des droits de l’Homme, des interdits, une Modernité, des prêtres-idéologues etc.

Et, de fait, comme toutes les religions, elle établit autant une direction des corps que celle des âmes. C’est en cela que ce nouveau capitalisme fusionné à l’Universel est plus dangereux encore que son prédécesseur. En n’étant plus simplement matérialiste, en mobilisant des ressources qui tiennent lieu de religion, il impose une réponse qui ne soit pas simplement marxiste. Et alors, pour lutter contre ce capitalisme universel, nous devons fabriquer nos propres armes, dans cette Guerre qui est aujourd’hui beaucoup plus globale que le seul Maroc, qui est peut-être plus évidente encore en France et dans les pays où les structures sociales sont depuis longtemps établies.

Face à ce capitalisme universel, il nous faut une arme qui ne soit pas simplement celle de la représentation des dominés, même s’il s’agit là d’une condition sine qua none, mais il nous faut aussi penser un ordre social alternatif, loin du Vrai et du Faux, du Pur et de l’Impur, du Sain et du Fou, de l’Universel et du Particulier, loin de tous ces schèmes de domination qui fondent ce nouveau capitalisme autant qu’ils nous fondent.

Il nous faut une réponse, certes marxiste, mais non uniquement marxiste. Il nous faut une réponse qui soit aussi religieuse, capable d’imposer une contre-hégémonie autant que de représenter les dominés.

 

C’est cette réponse qu’il nous faut aujourd’hui chercher, ensemble, pour et par la lutte.

A ce point tardif de mon exposé déjà trop long, je voudrais juste proposer une piste pour la réflexion.

Nous sommes marocains, et nous avons tous milité au Maroc, et nous continuerons à le faire. Tout au long de cette intervention, j’ai essayé de vous parler du 20 Février, de l’Etat marocain et des dynamiques qui s’y jouent.

Mais nous vivons en France, et cela nous oblige à être attentifs, a minima, aux dynamiques qui se jouent ici. Parce que dans le cas présent, il y a bel et bien une arme qui a été patiemment forgée dans les marges de l’espace social dans lequel nous nous trouvons : cette arme, vous la connaissez tous, elle s’appelle l’Islam. Alors, je ne sais pas encore si l’Islam des banlieues pourra être autre chose que la représentation des dominés, vers cette contre-conduite que j’appelle de mes vœux, vers cette société autre, sans riche ni pauvre, sans dominations des uns sur les autres, sans violence. Nul ne le sait.

Mais, il nous faudra reconnaitre à l’Islam la place qui est aujourd’hui la sienne dans les lieux de l’exclusion de cette si violente société française, et c’est-à-dire exactement le rôle qui fut jadis celui du communisme, identité de classe face à la dureté du monde social, capacité à dire « Nous » face à « Eux », et, in fine, discours de combat des dominé-e-s dans cette Guerre dont ne pouvons plus aujourd’hui détourner les yeux.

Car aujourd’hui, et pour la première fois depuis longtemps, ce capitalisme fusionné à l’Universel a peut-être trouvé une réponse à sa hauteur, et de ça nous ne pouvons que nous en réjouir.

Alors espérons –et travaillons ensemble !- pour que cette réponse qui a été ici trouvée en France puisse aussi transcender les frontières, et être également une arme entre les mains de tous les dominés de cet espace social que nous nommons Maroc.

Merci à tou-s-tes.